Le Tour vu de Montréal

David Veilleux portait le maillot vert Desjardins jusqu'à tout récemment. (Robert Wilson)

Le jeudi 28 juillet 2011 – L’organisation des Mardis vous invite à nouveau à lire la plume du journaliste sportif Simon Drouin, de La Presse. M. Drouin s’est entretenu avec David Veilleux (4e au classement général des Mardis), membre de la formation Europcar. Bonne lecture!

Le Tour vu de Montréal

David Veilleux n’est pas du genre à regarder l’intégrale d’une étape du Tour de France devant son téléviseur. Mais ce n’est pas parce qu’il est incapable de se voir dans la publicité de son commanditaire Louis Garneau…

Quand le thermomètre frôle les 35 degrés et qu’une sortie de cinq heures est au programme, le cycliste professionnel préfère éviter la canicule de mi-journée. Mais comme bien du monde, vendredi dernier, il était sur le bout de son siège pour suivre l’étape décisive de l’Alpe d’Huez.

Ça se comprend: Thomas Voeckler et Pierre Rolland, deux des acteurs principaux de cette montée, sont ses coéquipiers dans l’équipe française Europcar. Pendant que le premier faisait tout pour conserver son maillot jaune, le second causait la surprise et s’envolait vers une spectaculaire victoire d’étape.

Veilleux ne s’en cache pas, il a été renversé par la folle chevauchée de Voeckler et le triomphe du maillot blanc Rolland, un coureur de son âge qu’on lui avait présenté comme un grand espoir français du cyclisme. «Oui, il était bon, mais je n’ai jamais été impressionné par lui, a mentionné Veilleux devant un cappuccino, hier matin. Dans un peloton, c’est un coureur un peu nerveux, craintif. Il n’aime pas aller se bagarrer devant. Mais si tu l’amènes dans un groupe de 15-20, exactement comme dans l’Alpe d’Huez, au pied d’une longue ascension, c’est parfait pour lui. Sa force, ce sont les cols comme ça. En saison, il n’a pas beaucoup de chances de le faire.»

En Europe

Après un séjour de presque deux mois à Montréal, Veilleux repart outre-Atlantique dimanche. Premier arrêt: le Tour du Danemark (3 au 7 août), avant de rentrer aux Essarts, en Vendée, chef-lieu d’Europcar. Ce sera l’occasion de renouer avec ses coéquipiers qui ont volé la vedette sur le Tour. Et de discuter contrat pour l’an prochain. À titre de néo-pro, Veilleux croyait, à tort, être automatiquement lié pour deux ans à son nouvel employeur. Or, il appert que cette clause est réservée aux coureurs de moins de 23 ans.

Thomas Voeckler (Europcar)

Qu’importe, le jeune homme de Cap-Rouge n’entrevoit «pas de problème pour l’an prochain» et souhaite revenir avec Europcar. Le groupe ne compte «pas vraiment de stars» et donne à chaque coureur l’occasion de s’exprimer, fut-il vert sur le circuit européen. Veilleux en veut pour preuve sa participation presque inespérée au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix, où il s’est faufilé dans l’échappée du jour avant de finir 25e.

Rompu aux courses nord-américaines, plus courtes et tactiquement très différentes, Veilleux s’est bien adapté aux classiques européennes, où il faut courir toute la journée à l’avant, faute de quoi c’est l’élimination presque assurée. Ça n’a pas été évident au début. Il se souvient de cette première épreuve en Belgique, où il n’a «rien vu aller». «Sincèrement, je ne savais pas dans quoi je m’étais embarqué…»

Il a aussi fallu gagner le respect d’équipiers qui ne le connaissaient pas. Ainsi, au E3 Prijs Vlaanderen, Voeckler ne l’a pas suivi quand il a essayé de le remonter sur une section délicate. Après la course, le Français lui a avoué qu’il avait hésité, car il ne lui faisait pas totalement confiance.

Voeckler

Veilleux n’a que de bons mots pour Voeckler, avec qui il a partagé une chambre pendant quelques jours sur une course belge au printemps. Ses 10 jours en jaune ne risquent pas de le changer. «Il (Voeckler) est super sympathique, vraiment drôle, dit-il. Quand il arrive à la table pour le dîner, tout le monde rit parce qu’il est toujours à faire des niaiseries. Il est facile d’accès, pas prétentieux, super humble. Il ne se prend pas pour un autre.»

Comme tout le monde, Veilleux ne croyait jamais que Voeckler, loin d’être un «pur grimpeur à la Schleck ou Contador», résisterait si longtemps en jaune. «Je me disais qu’il allait coincer dans les longues ascensions en altitude, mais finalement, il était plutôt à l’aise.»

Qui sait si Voeckler, quatrième sur les Champs-Élysées, ne serait pas monté sur le podium final sans cette vaine chasse jusqu’au-boutiste avant l’Alpe d’Huez. Veilleux ne se gêne pas pour dire qu’il s’agissait là, «clairement, d’une erreur stratégique». «Thomas a son orgueil. Dans sa tête, ç’aurait été abandonner (de se laisser glisser jusqu’au peloton). Ç’aurait été la job du directeur de lui dire de retourner en arrière.»

À titre de recrue, étrangère de surcroît, Veilleux ne s’attendait évidemment pas à être repêché pour la Grande Boucle. Ce qui ne l’a pas empêché de tâter le terrain et de penser, a posteriori, qu’il aurait pu bien y figurer.

«Quand je regarde les coureurs qui étaient là cette année, je pense que j’aurais eu ma place, dit-il sans prétention. En plus, je suis un bon coureur pour faire le tempo, m’occuper d’un leader, des trucs comme ça. J’ai un bon contre-la-montre, je suis endurant. Passer des heures à l’avant du peloton, c’est un travail qui me va bien. C’est sûr que pour ce Tour-là, j’aurais été bien.»

Qui sait si l’an prochain, Veilleux ne sera pas aux premières loges. En attendant, il reviendra au pays à la fin août pour le Grand Prix WorldTour de Québec, son grand objectif de fin de saison.

Vous pouvez également lire la version directement sur Cyberpresse.

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